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LE DIVORCE ARRIVE À ANGOULÊME

La loi de l'Assemblé Nationale révolutionnaire du 20 septembre 1792, qui établissait le divorce et l'enregistrement civil des naissances, mariages et décès en France, eut sous peu des conséquences à Angoulême. Le rapporteur de la loi, et de la loi sur l'enregistrement civil, était un avocat de la ville, Leonard Robin, fils d'un imprimeur et libraire, baptisé en la paroisse du Petit Saint-Cybard en 1745. Les registres paroissiaux s'éteignirent, pour la plupart, à la fin de 1791. Mais un registre, pour la paroisse de Saint Pierre, commença par un baptême en janvier 1792, et continua d'être rempli pendant une bonne partie de l'année. Le baptême de Marie Anne Guimberteau fut enregistré le 5 novembre 1792. Le 6 novembre 1792, le registre fut déclaré fermé, par le vicaire épiscopal et le secrétaire du « citoyen évêque » ; plus tard le même jour – et sur la même page du registre – la naissance de Pierre Tournier Tancrède fut enregistrée par le nouvel officier public de la ville.

Huit jours (et quatre pages) plus tard, le 14 novembre, le registre accueille l'enregistrement du premier divorce de la ville d'Angoulême. Le demandeur était Catherine Dorisse, qui invoquait le paragraphe 1, article 6, de la nouvelle loi ; elle était accompagnée de quatre témoins. Son mari, Nicholas Valteau, un charpentier, était présent. Le divorce fut prononcé par consentement mutuel. Ensuite, avec le premier registre civil de la ville, qui démarra le 7 janvier 1793, il y eut plus de divorces ; sept au cours de l'année. Certains étaient simples, d'autres excédants. Le 11 juin, Marie Perigaud, quatre de ses parents et l'officier public attendirent de huit heures le matin jusqu'à midi que son mari Pierre Bignon fît son apparition. A midi, le clerc écrivit en très grosses lettres dans le registre, « Le mariage dentre la ditte Perigaud et le dit Bignon est dissoud ». Le 29 juin, le mari d'Anne Maurin, Roch Letourneau, apparut ainsi que demandé, et le mariage fut dissous ; Anne et trois des quatre témoins signèrent le registre, et Roch déclara « ne vouloir signé ». Le 25 août, l'époux de Marie Anne Desbordes, Nicholas Damon, un peintre en poterie, déclara qu'il était opposé au divorce demandé par Marie Anne ; l'officier public conclut que puisque les actes préliminaires au divorce avaient été dûment complétés, et les formalités de la loi remplies, le mariage était dissous. Nicholas, lui aussi, déclara ne pas vouloir signer. Marie Fougere, une marchande épicière, divorça de Pierre Rigaud le 9 septembre, au motif de l'absence longue de six ans d'un mari qui ne s'était, dans cette période, jamais manifesté  (elle n'avait aucune de ses « nouvelles », rentrant par là dans le cadre d'application du chapitre 1, article VI, disposition 1 de la loi du 20 septembre 1792).

L'année qui suivit, an II de la République française, il y eut 35 divorces, dont 24 pour cause d'émigration; dans les 25 ans durant lesquels le divorce fut légal, il y eut 95 divorces dans la ville.

Le nombre des divorces par année est donné dans la table suivante :

 

Sources: GG67/31; GG25/47, 51-52; 1E2/10,13,22-23,24-25,40,44,47; registres 1794-1816.

Archives Parlementaires, 26 thermidor X, 767.
Lois, et actes du gouvernement VI juillet 1792-mars 1793 (Paris, 1807), 261-275