« Soeurs
Micro-histoires dans leur contexte »

L'ARCHIVE DE L'ARCHIVISTE

Gabriel Ferrand, lorsqu'il mourut à Angoulême en 1816, fut décrit comme « Chef du bureau des archives de la préfecture du département de la Charente ». Il était né en 1738, là encore à Angoulême, dans un monde très différent. Il était un enfant chétif, auquel fut donné une forme d'ondoyement à domicile, par une sage-femme accréditée, « attandu le danger de mort ». Trois jours plus tard, il était assez robuste pour être amené à l'église paroissiale de Saint Paul, où il reçut « la verité du bateme ». Son père était décrit comme garçon menuisier. Son parrain, qui se trouvait aussi être son beau-grand-père, était un charpentier ; sa marraine était la femme d'un tonnelier. Sa sœur aînée, Anne, avait été enterrée dans la même paroisse trois semaines auparavant, à l'âge de dix-neuf mois.

La page du registre paroissial sur laquelle le baptême de Gabriel Ferrand a été enregistré est un vrai désordre. Son baptême est enregistré, puis rayé. Les entrées complexes relatives à l'ondoyement par la sage-femme, à l'attestation de sa validité, et aux « cérémonies de baptême » dans l'église paroissiale  sont en bas de page, et le clerc tomba à court de place. Des notations de deux mains cléricales différentes sont inscrites, dans des encres différentes, et la dernière ligne du registre est déchirée et décolorée. Elle semble indiquer qu'une délétion a été approuvée, mais la fin de la formule manque. Les signatures du parrain de Gabriel Ferrand et de l'époux de sa marraine sont écrites verticalement, dans la marge intérieure de la page. Son père, Louis Ferrand, est décrit dans l'entrée rayée du registre comme un menuisier ; dans l'entrée de bas de page, l'appellation est changée en « garçon menuisier » d'une épaisse encre noire.

En ajoutant encore aux malheurs de l'archive de l'archiviste, la page entière fut omise lorsque les registres paroissiaux d'Angoulême furent numérisés par les Archives Municipales, et est donc indisponible en ligne. La transcription du registre par Hubert Marchadier omet à son tour les événements.
Dans les registres en ligne des archives que Gabriel Ferrand contribua à créer, les Archives départementales de la Charente, son baptême n'est pas omis. Sur les images numérisées du double du registre, conservé aux archives départementales, l'entrée relative au second baptême de Gabriel Ferrand démarre au pied du folio n°1r, et continue au verso sur le folio n°1v. Un signataire supplémentaire, Jean Dumergue, fabricant de selles, apparaît dans le double du registre. Dans l'entrée relative au baptême par la sage-femme, qui est là encore rayée, Louis Ferrand est présenté comme menuisier ; dans l'entrée du baptême à l'église de la paroisse, sa profession est elle-même rayée.

Le parcours de Gabriel Ferrand, de ces débuts peu prometteurs jusqu'à son rôle à la préfecture d'un département qui n'existait pas en 1738, est empli de mystère. Son apparition suivante dans les dossiers des Archives municipales date apparemment de 1756, en la paroisse de Saint André, lorsqu'il signe l'acte du baptême de la fille d'un fabricant de cartes à jouer ; le père est indiqué comme incapable de signer. Ensuite, en 1757, il signe l'entrée d'un événement inhabituelle, l' « assemblée de paroisse » des «  fabriqueurs, et notables » de la paroisse de Notre Dame de la Peyne, tenue dans l'église de la paroisse. L'objectif de la réunion était de désigner, comme patronne de l'église, la sainte vierge de Chaumes, et d'établir le vendredi de la Semaine Sainte comme jour de l'année consacré à la patronne martyre. Gabriel Ferrand signe « G. Ferrand », d'une main ample et confiante. C'est peu de temps avant son vingtième anniversaire.

Trois ans plus tard, il signe un acte notarié relatif aux biens de sa mère. Son père, Louis Ferrand, le menuisier (ou garçon menuiser), s'était engagé pour travailler sur l'île de Grenade, en 1753, et était mort à la Martinique sur le chemin du retour. Dans l'acte notarié de 1760, Gabriel déclare qu' « ayant formé le dessein d'être me es arts pour instruire la jeunesse, auroit, en conséquence, prit à fournir une Maison en la ditte ville, psse de la peine ou il fait actuellement sa demeure, ce qu'il a meublée a ses dépenses  ». Mais il voit désormais que sa mère est « hors d'état de vivre et de s'entretenir sans son secours ».  Il a conscience de ce que doivent les enfants à des parents qui leur ont donné la vie. Il souhaite que sa mère sache que « ses sentiments sont de la soulager, autant qu'il est en lui, et de luy rendre la vie moins dure ». Il l'a suppliée d'accepter de rejoindre son foyer, et de partager sa table. Sa mère déclare en réponse que, ayant confiance dans les sentiments de son fils, elle a décidé de rejoindre son foyer. Le document est l'inventaire des biens qu'elle apporte avec elle ; une table carrée usée, six cuillères en étain, et quelques autres possessions, pour une valeur de 130 livres.

En octobre 1763, en la paroisse de Notre Dame de Beaulieu, Gabriel Ferrand épouse Marie Adelaide Devuailly. Il signe « G. Ferrand », et est décrit comme « maitre écrivain ». Il a 25 ans. Cette entrée est, elle aussi, un capharnaüm, et une large tache d'encre dissimule le nom de la mariée.

Deux ans plus tard, dans le rôle de taille pour 1765, Gabriel est décrit comme « maitre écrivain et maitre de pension ». Il commence d'apparaître fréquemment dans le registre paroissial de Notre Dame de la Peyne. Son premier enfant, prénommé Gabriel, est baptisé en novembre 1764 ; en 1765 il signe l'acte de mariage de sa sœur, qui épouse le fils d'un tailleur. Son deuxième fils est baptisé en janvier 1766 ; Marie Adelaide et lui ont un troisième fils en décembre de la même année. Leur quatrième fils naît en 1768, et leur cinquième en 1770. Gabriel est qualifié, à chacune de ces occasions, de maître écrivain. En 1775, sur l'acte de baptême de leur sixième et plus jeune fils, il est décrit comme « maitre écrivain et maitre de pension ». Gabriel Ferrand avait, enfin, été reconnu comme éducateur de la jeunesse.

Les provinces de l'Ancien Régime furent abolies en 1790, et Angoulême devint alors le centre administratif du département de la Charente, nouvellement créé. En 1793, Gabriel Ferrand, ainsi que trois de ses fils, reçoivent parmi les premiers certificats de civisme de la ville. Ceux-ci étaient exigés des «fonctionnaires public non elus par le peuple et employés payé des deniers de la république». En 1798, il apparaît dans les sources de l'administration générale du département comme le « le citoien ferrand archiviste ». En 1799, il était « le Citoyen ferrand chef du Bureau des archives ». 

 

ADC, 3E16/25: 6-7/258. AM-A, GG42/77; GG14/23-24. ADC, "Acte entre Aymard Ve Ferrand et Ferrand son fils," 6 mai 1760, ADC, Jeheu, notaire, 2E850. AM-A, GG8/143. AM-A, "Répartition de la taille," 1765, CC62. GG14/36, 37, 38, 41, 44, 53. ADC, L146. ADC, L131. AM-A, 1E52/426.

 

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